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JOE MARONE «Tous ces gens qui détiennent de faux comptes et qui pensent pouvoir s’échapper, se trompent lourdement»

La sortie avant-hier du président de la République Macky Sall pour s’insurger contre les dérives sur les réseaux sociaux a été un prétexte pour recueillir l’avis la réaction de Joe Marone. Journaliste de formation, il est aussi formateur en communication digitale – IT Social Média. Dans les lignes qui suivent, il a relevé les avantages de l’internet, les conséquences des dérives du net pour l’insulteur et même l’erreur dans laquelle baigne l’utilisateur d’un faux compte qui se croit à l’abri de toute poursuite.
Monsieur Marone, vous avez suivi la déclaration du président de la République, lundi dernier, au CICAD, lors de la cérémonie officielle d’ouverture du Forum de Dakar dédié à la paix et à la sécurité.
Comment avez-vous apprécié les propos de Macky Sall concernant les dérives sur internet ?
Il est très désolant et choquant de constater qu’il y a, de plus en plus de dérives qui sont constatés sur le net. Et quand je parle de dérives, il s’agit souvent, soit d’insultes, d’attaques personnelles, soit des vies privées qu’on expose sur le net, soit des tentatives d’arnaques. Tout ça est considéré comme acte criminel. C’est ce que les experts appellent les cybercriminels. Le président de la République est revenu encore sur le même débat qu’il a déjà posé il y a quelques mois. A chaque fois, quand il fait une sortie, il revient sur ça. Je pense que c’est bien, en tant que Chef de l’Etat, de s’inquiéter et de considérer que ces dérives-là peuvent créer de l’instabilité dans le pays. Mais, ce qu’il aurait dû faire, c’est d’éviter que des arnaqueurs ou des insulteurs soient à ses côtés. Parce que c’est le chef de l’Etat qui veut lutter contre les dérives sur le net. Mais quand des Sénégalais constatent que le chef de l’Etat, lui-même, a invité quelqu’un qui est considéré comme un insulteur public à partager avec lui un dîner, à échanger avec lui, à faire un Snap, à lui permettre de faire un direct avec lui… Cela peut constituer une source de motivation pour d’autres. La meilleure façon pour le Président de la République, c’était de refuser de faire la promotion des anti-modèles. Personne ne cautionne ces insultes, ces propos malsains qu’on met sur internet. Mais, ce sera très difficile pour le Chef de l’Etat, et même pour le Sénégal de pouvoir lutter contre ces dérives sur internet. Ce qu’il faut faire, je pense, c’est de mettre l’accent sur la sensibilisation, la formation et faire de tel sorte que les sénégalais aient ce qu’on appelle la culture du numérique. Et cette culture du numérique doit commencer du bas-âge jusqu’à l’université, pour que les jeunes voient les bonnes pratiques et les mauvaises pratiques. On leur inculques cela, ils vont pouvoir profiter des opportunités sur internet.
En tant que spécialiste de la communication digitale, quels sont, selon vous, les avantages qu’on peut tirer des réseaux sociaux ?
Vous savez, les réseaux sociaux présentent beaucoup d’opportunités pour les jeunes et même pour les autres usagers. Vous savez que sur internet, il y a la communauté de partage, la communauté de collaboration et la communauté d’influence. Aujourd’hui, un jeune qui est formé en marketing digital, il n’a pas besoin de prendre un local en location. Il peut avoir tout simplement une boutique virtuelle. Resté chez lui, s’il a sa connexion, il peut créer une boutique en ligne. Il peut vendre, il peut utiliser par exemple les réseaux sociaux pour vendre, que ce soit sur Twitter, Facebook, Instagram ou LinkedIn. Ça, c’est un avantage que les jeunes peuvent avoir, par exemple, sur les réseaux sociaux. Autre avantage aussi, il y a ce qu’on appelle l’infographie. Vous savez, les jeunes qui sont formés en infographie n’ont pas besoin d’aller frapper aux portes des entreprises pour être recrutés. Ils peuvent rester chez eux, démarcher les entreprises et travailler à distance, en créant des visuels. Vous savez, pendant la campagne électorale, il y a énormément eu de jeunes qui ont créé des visuels pour des candidats, des listes, entre autres. Un jeune qui a été formé en infographie numérique, il peut créer ces visuels-là, des logos et même des affiches. Un autre avantage aussi, si le jeune est formé sur les réseaux sociaux, il comprend certains logiciels comme les chaînes de création de site web. Avec ça, il peut gagner de l’argent en plus de la vente. Mais un autre avantage qu’il faut comprendre aussi, c’est le Community Manager. Un jeune qui gère l’image d’une marque sur internet ou bien d’une institution, d’une personnalité, d’une école de formation sur internet, il devient l’ambassadeur de cette marque ou bien de cette école pour qui il travaille sur internet. Il gagne de l’argent pour ça. Je pense que là sont des avantages qu’il faudrait comprendre. Il y a des entreprises, aujourd’hui, qui veulent à chaque fois, quand elles ont un évènement, faire du direct sur internet. Le jeune qui est formé en streaming, il a la possibilité de pouvoir assurer le direct pour les entreprises sur internet. Et moi qui suis à la maison qui veut suivre l’événement, je peux suivre à travers la page Facebook de l’entreprise ou bien son compte Twitter ou YouTube. Tout ça, c’est des nouveaux métiers du numérique qui peuvent aider les gens à gagner de l’argent. Je pense que tout cela c’est des opportunités, des avantages que les jeunes peuvent tirer de l’internet.
Quels sont les dangers pour ceux qui utilisent ces réseaux sociaux pour faire passer des Fake-news?
Sur internet, tout ce que vous publiez, que ça soit sur les réseaux sociaux, que ça soit, par exemple, sur YouTube, entre autres, l’internet d’une manière générale, quoi que vous fassiez sur l’internet, vous laissez des traces. C’est ce qu’on appelle une identité numérique. Supposons un jeune. Il est élève. Il passe tout son temps à insulter sur internet, par exemple. Ce jeune-là obtient son baccalauréat puis va à l’université ou dans une école de formation. Il obtient son diplôme. Après l’obtention du diplôme, il cherche un emploi. Ce jeune-là qui passait tout son temps à insulter sur internet, il a laissé des traces. Il a laissé ce qu’on appelle une identité numérique. Il dépose une demande d’emploi dans une entreprise.
Le recruteur, son premier réflexe, c’est d’aller chercher ce jeune-là sur internet pour voir est-ce que ce jeune-là est présent sur les réseaux sociaux ?
Quel contenu ce jeune-là publie-t-il sur les réseaux sociaux ? Quel est son centre d’intérêt ? Qu’est-ce qu’il fait sur internet ? Il suffit tout simplement de chercher que ça soit sur Facebook ou Google, par exemple, qui peut le référencer, pour que le recruteur tombe sur lui. Et quand ce jeune-là ne bénéficie pas de ce qu’on appelle une bonne e-réputation, il peut manquer de chance pour être recruté dans cette entreprise-là. Parce que quand moi en tant que recruteur, je constate que ce jeune-là passait tout son temps à insulter, que tout ce qu’il publiait c’était des insultes, des arnaques, des dérives, donc, je ne vais jamais le recruter. C’est ça le danger. En fait, quand vous ne savez pas gérer ce qu’on appelle votre e-réputation quelle que soit la personnalité qu’on peut avoir, la compétence, si vous ne bénéficiez pas d’une bonne e-réputation sur internet, vous ne pouvez pas, par exemple, avoir une chance pour percer à l’avenir. Donc pour moi, il est très important de pouvoir réussir à avoir une e-réputation. E-réputation, c’est votre image sur internet. Et puisque vous laissez tout sur internet, vous laissez votre identité numérique sur internet, c’est ça le danger en fait. En plus de ce danger-là, les gens peuvent vous arrêter. Vous pouvez être arrêté si vous arnaquez les gens, les insultez ou les diffamez ou si vous donnez des informations qui peuvent créer de l’instabilité dans ce pays, vous ne pouvez pas échapper aux poursuites. Il y a eu beaucoup de cas, je ne peux pas y revenir mais vous savez plus que moi qu’il y a des jeunes qui ont été arrêtés pour avoir diffusé de fausses informations sur internet ou insulté des personnalités ou le citoyen lambda sur internet.
Il est constaté par certains, l’utilisation de faux comptes. Est-ce que ceux qui le font sont à l’abri ?
Vous savez il y a des logiciels qui peuvent vous permettre de tracer la personne qui est derrière son ordinateur ou son téléphone et qui commet des dérives sur internet. Aujourd’hui, tous ces gens qui pensent détenir de faux comptes, qui pensent pouvoir s’échapper, se trompent lourdement. Parce qu’il y a des logiciels, des applications qui peuvent permettre par exemple, à l’autorité, au spécialiste, à l’expert de localiser l’auteur de ces insultes-là. Il y a des adresses IP que chaque ordinateur a, il suffit tout simplement d’utiliser ce logiciel là pour savoir où se situe cette personne recherchée. Vous savez, la brigade de cybercriminalité est tellement compétente et tellement équipée qu’elle peut traquer ses cibles à la minute qui suit. Donc, pour moi, ces gens-là qui pensent pouvoir s’échapper, ils se trompent lourdement.
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