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Quand la Justice S’agenouille: Cheikh Ahmed Tidiane Ly

Quand la Justice S’agenouille : Lettre ouverte à Yacine Fall — Du cœur de la République au poids du pouvoir politique

Par Cheikh Ahmed Tidiane Ly

À :
Madame Yacine Fall
Ministre de la Justice, Garde des Sceaux
République du Sénégal

Objet : Lettre ouverte – Mandat de dépôt de Pape Malick Ndour et suspension de la confiance républicaine

Madame le Ministre de la Justice,
Aujourd’hui, je vous écris avec une émotion lourde, une inquiétude presque palpable, et une douleur que tout citoyen soucieux de l’avenir du Sénégal ne peut plus taire. La décision du 28 janvier 2026, plaçant Pape Malick Ndour sous mandat de dépôt, résonne dans le cœur de nombreuses familles sénégalaises — non comme une application sereine du droit, mais comme un écho inquiétant d’une justice sous influence.
Ce n’est pas seulement un homme que l’on enferme ici. C’est la confiance collective dans la justice qui se fissure. C’est le cœur même de notre République qui se met à saigner.
Que voit-on ? Un citoyen — déjà soumis à un contrôle judiciaire strict, portant un bracelet électronique, présentant sa coopération sans faille — soudainement privé de sa liberté fondamentale sans fait nouveau, sans manquement avéré, mais simplement après un appel du parquet. C’est une violence procédurale qui, aux yeux de ceux qui regardent, ne se justifie pas uniquement par des termes juridiques. Elle se justifie aussi par les jeux de pouvoir qui se jouent en coulisses.
Madame le Ministre, le Sénégal vous reconnaît aujourd’hui comme la gardienne d’une institution qui doit demeurer sacrée — la justice. Et c’est précisément parce que cette fonction est sacrée que l’émotion de tout un peuple monte d’un cran lorsqu’il perçoit que cette justice est influencée, ou même commandée, par des acteurs politiques qui se tiennent au-dessus des institutions.
Vous êtes perçue — non comme une figure isolée dans un ministère — mais comme une personnalité politique ancrée sous la tutelle d’un Premier ministre dont les paroles et les postures politiques influencent férocement le débat public. Dans l’imaginaire collectif, votre action n’est plus simplement celle d’un magistrat en charge de l’administration pénale, mais celle d’une actrice politique marquée par son allégeance, par un contexte politique pesant, constant et menaçant, où l’on entend, encore récemment, des discours visant à contraindre, intimider, voire dénoncer des magistrats lorsque ils ne servent pas une ligne politique donnée.
Ce n’est plus une hypothèse. C’est une perception très répandue : une justice qui n’est plus simplement rendue, mais souvent commandée, orientée, dictée par des impératifs politiques qui dépassent les règles du droit. Et c’est cette perception qui, aujourd’hui, blesse, choque et indigne tant de Sénégalais.
Croyez-moi, Madame le Ministre, ce n’est pas seulement l’avenir de Pape Malick Ndour qui est en jeu. C’est l’avenir de chaque Sénégalais qui croit encore à l’idée que nous sommes tous censés être égaux devant la loi. C’est l’espoir de millions de jeunes qui croient qu’une démocratie ne peut être forte que si sa justice est indépendante, impartiale et hors de toute pression politique.
La justice ne doit pas devenir une arme pour écraser l’adversaire politique. La détention provisoire ne doit pas être utilisée comme instrument d’intimidation ou outil de domination politique. Une décision judiciaire ne doit pas être ressentie comme une sentence politique déguisée en décision légale. Une société libre ne se juge pas à la sévérité de ses peines, mais à la justesse de ses équilibres.
Madame le Ministre, entendez cette souffrance citoyenne. Elle n’est pas un grondement éphémère. Elle est le cri d’une conscience collective qui demande une justice digne, souveraine et libre de toute emprise politique.
Il ne s’agit pas de nier les accusations portées ni de refuser toute sanction légitime. Il s’agit d’exiger que la justice, dans sa mise en œuvre, respecte scrupuleusement le droit, la proportionnalité, la présomption d’innocence et l’équité républicaine.
Je vous écris en tant que républicain convaincu, mais aussi en tant que citoyen blessé par la direction prise par nos institutions. Je refuse que la détention provisoire soit transformée en pièce d’un échiquier politique, qu’elle devienne un avertissement adressé à ceux qui pensent différemment.
Aujourd’hui, c’est l’âme de notre justice qui est mise à l’épreuve. Demain, ce sera celle de notre démocratie. Et après-demain, la confiance du peuple dans ses institutions.
Madame le Ministre, si la justice doit continuer à vivre dans le cœur des Sénégalais, elle doit être rendue avec courage, indépendance et respect absolu du droit, sans jamais être pliée sous le poids des commandements politiques.
Cette lettre est un cri républicain, un appel sincère à l’équité, et un plaidoyer pour une justice qui protège vraiment tous les citoyens, sans exception, sans favoritisme, sans commande politique.
Veuillez croire, Madame le Ministre, en l’expression de ma détermination républicaine, profondément touchée, mais inébranlable.

Cheikh Ahmed Tidiane Ly
Cadre SEN-A.P.R

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