ACWA Power : la rupture inutile: THIERNO DIOP JOURNALISTE CHRONIQUEUR


On a frôlé la faute grave. Un contrat international a été annulé de façon unilatérale, des accusations de corruption ont été brandies à la hâte, une crise diplomatique a failli éclater. Et puis… on est revenu à la table. Discrètement. Pour renégocier – presque à l’identique – ce qu’on avait d’abord rejeté avec fracas.
Soyons clairs : le nouveau contrat signé avec ACWA Power est une issue acceptable, voire même bénéfique à certains égards. Le tarif de l’eau baisse (de 427 à 389,8 FCFA/m³), la subvention d’investissement est légèrement réduite, la part d’énergie solaire est renforcée, et la SONES confirme son entrée au capital du projet. Tout cela est bon à prendre.
Mais fallait-il pour cela prendre autant de risques ? Rien, techniquement, n’empêchait un simple avenant au contrat initial. Ce qui a été « gagné » ne justifiait ni la rupture spectaculaire, ni les postures de souverainisme agité. Ce n’est pas l’eau qui a coûté cher, c’est l’improvisation.
Le tournant diplomatique s’est joué en coulisses. Riyad, irrité par les insinuations précipitées sur la corruption, a fait savoir son mécontentement. La mission maladroite de Mary Teuw Niane n’a fait qu’ajouter au malaise. C’est finalement le président Bassirou Diomaye Faye, lucide, qui a compris qu’il fallait recoller les morceaux. Derrière ACWA Power, c’est le Fonds souverain saoudien, et derrière lui, un partenaire stratégique.
Heureusement, la raison a fini par l’emporter. Ce n’est pas un coup de génie. C’est un rattrapage. Un sauvetage. Et l’on doit s’en réjouir, car le contentieux aurait pu être long, coûteux, et nuisible pour la crédibilité internationale du Sénégal.
La vraie leçon est là : la souveraineté ne s’improvise pas. Elle se construit dans la rigueur, la continuité, et la prudence contractuelle. Gouverner, ce n’est pas faire le spectacle. C’est assurer que l’État reste fiable, même quand le pouvoir change de main.
Thierno Diop journaliste/chroniqueur SENTV



