Le 18 Pastefmaire (le chanteur de rupture, la symphonie de l’opacité)
Il était une fois un homme qui promettait la clarté mais avançait dans le brouillard. Il chantait la compétence comme un refrain révolutionnaire, nommait à l’aveugle avec la foi du charbonnier et semait la confusion avec une élégance de prestidigitateur. Ce n’est pas un conte. C’est la tragédie de Djolof Land.
« Nous allons professionnaliser ! », clamait-il, la main sur le cœur. « Transparence ! Redevabilité ! Rupture ! », « Appel à candidatures », on aurait cru entendre le sermon d’un moine repenti.
Comme ces trains promis dans les discours mais jamais sortis, les engagements d’hier son restés coincés dans les limbes de l’intention, là où la transparence n’est qu’un mot décoratif. Ah …: Le 18 Pastefmaire (Week-end des ratages)
Ce fut un week-end de flou et de flop. De flottement. De faux pas diplomatiques et d’égarements géostratégiques. Un week-end de pastefricanisation mal digérée, où l’État, au lieu de gouverner, a préféré… vadrouiller (wendelou, takhawalou, tambambalou)
D’abord, la CEDEAO où Le trône régional tant convoité n’est pas tombé dans l’escarcelle du Burba Djolof. Pourtant, tous les tambours étaient prêts. Les réseaux jubilatoires s’échauffaient. Les faucons du verbe révolutionnaire s’apprêtaient à proclamer la fin du néocolonialisme à Abuja. Mais voilà : pas de couronne, pas même un serre-tête.
Hélas ! Burba Djolof a été recalé. Pas recalé avec mention « à revoir », non. Recalé comme un mauvais candidat au bac qui pensait que sa posture révolutionnaire suffisait à décrocher le sésame régional. Et pourtant, on avait sorti la tenue blanche, nettoyé les formules creuses et aligné les tweets patriotiques. L’Afrique de l’Ouest, cette « invention coloniale à abolir » selon les prêcheurs du nouvel ordre mondial, est soudainement redevenue désirable. La CEDEAO, jadis vendue comme l’ennemi du peuple, était devenue tout à coup un club VIP qu’on supplie de diriger.
Car pour prétendre à la présidence de la CEDEAO, il ne suffit pas d’agiter le drapeau de la vertu ni de réciter des slogans souverainistes. Il faut des prérequis élémentaires : vision, leadership, compétence, crédibilité, et surtout une maîtrise des enjeux régionaux sans oublier les langues officielles de la communauté, ce détail apparemment trop technique pour nos chantres de la rupture. Ce poste exige un diplomate aguerri, un stratège respecté, pas un symbole en rodage. Voilà pourquoi, malgré les rêves d’apothéose continentale, le candidat Burba Djolof n’était pas à la hauteur du casting.
Et au cœur de cette mascarade, notre « grosse pointure » autoproclamée de la diplomatie, censée tenir le tempo du monde, s’est révélée être la sablière percée du gouvernement : le sable s’écoule, le temps se perd, et personne ne sait vraiment où on va.
Derrière les lunettes savantes et les poses de stratège, on découvre une apprentie ministre, plus douée pour les formules bancales que pour les lignes de force diplomatiques. Elle parle fort, elle parle beaucoup, mais à force de vouloir exister sur tous les plateaux, elle s’est dissoute dans la moquerie virale.
Aujourd’hui, elle incarne non pas l’élégance diplomatique, mais le sketch permanent d’un ministère qui ne sait plus faire la différence entre l’État et le militantisme de salon. Dans une autre époque, elle aurait rédigé les notes de bas de page. En 2025, elle signe les protocoles… et rate les fauteuils au détriment de Djolof Land.
La liste de nos échecs diplomatiques commence à ressembler à un registre mortuaire de notre crédibilité internationale. Elle est longue, embarrassante, et désormais… inquiétante.
Cette diplomatie qui se voulait rupture, audace et affirmation souveraine, est en train de tourner à la parodie : un théâtre d’ombres, où l’on confond discours et diplomatie, indignation et stratégie, punchlines et positionnement. On voulait réinventer la voix du Sénégal dans le monde. On l’a transformée en écho grinçant d’un amateurisme assumé.
Aujourd’hui, le Sénégal a perdu pied, et pire encore, il est devenu inexistant dans le monde qui décide. Là où d’autres défendent des intérêts, nous exhibons des intentions. Là où d’autres négocient des positions, nous vendons des postures. La diplomatie sénégalaise est passée du rang de voix consultée à celui de figurant muet. Pendant que les autres parlent au nom de blocs, d’alliances, d’ambitions géopolitiques claires, nous errons avec des badges autour du cou, espérant qu’on nous remarque.
Ensuite, vient la Chine pour étayer cette situation.
Le Grand Manitou s’y est rendu. Mission économique ? Diplomatique ? Démarche solennelle ? Nul ne sait. Ce que l’on sait, en revanche, c’est qu’il n’est pas allé à Pékin, capitale politique, siège du Parti, du gouvernement, de Xi Jinping et des accords sérieux. Non. Il a atterri à Guangzhou, la ville du grand souk et du faux wax, pour y rencontrer… d’autres Sénégalais. Le Sénégal qui reçoit le Sénégal, en Chine.
C’est comme si Buur Djolof atterrissait à Saint-Louis pour y rencontrer l’ambassadeur de Chine, avant de rentrer à Dakar. Une scène absurde ? Sans doute. Mais c’est exactement ce que notre le Grand Manitou a fait à Guangzhou. Ne pas fouler Pékin où on était pas invité, capitale politique où se signent les accords de haut niveau, pour aller saluer un compatriote en poste, comme on rend visite à un cousin en stage.
Pas de tête-à-tête avec Xi Jinping, pas de signature d’accord stratégique, pas de photo sur le tapis rouge de Zhongnanhai. Juste un détour inutile, coûteux, et géopolitiquement insignifiant, pendant que les vraies puissances discutent du monde à venir… ailleurs.
Notre diplomatie s’égare là où elle devrait s’affirmer, elle papillonne là où elle devrait peser. Nous sommes passés du rang d’invité respecté à celui de touriste en transit. De la géopolitique au rabais. De la diplomatie auto-tunée.
L’État du Djolof Land est devenu vadrouilleur (wendelou, Takhawalou, Tambambalou) car à peine installé, ce régime donne l’impression d’errer, de vagabonder, de traînasser, tel un étudiant en année sabbatique sans boussole. On le retrouve à Bissau, à Bamako, à Ouagadougou, à Guangzhou, peut-être bientôt à Tombouctou ou à Vladivostok.
Le drapeau national voyage, mais la vision reste au placard. Et pendant ce temps, les caisses de l’État sont vides. Il faut emprunter, encore et toujours, à des taux usuriers, pendant que les eurobonds sénégalais tombent en disgrâce sur les marchés. Le monde nous regarde… et ne nous prête plus.
Le populisme vient de heurter de plein fouet le mur froid de la géopolitique réelle. Et dans ce monde sans pitié, nous sommes devenus un pays qu’on regarde à peine et qu’on ne choisit plus.
Ce week-end-là, Djolof Land n’a pas raté l’histoire, il a simplement raté son rendez-vous avec le réel.
Tcheuy lii ! Senghor doit avoir mal dans sa tombe. Lui qui, dès l’aube de notre indépendance, avait hissé haut le drapeau national sur les tribunes de l’OUA, de l’UNESCO, les bancs de l’OIF et les estrades du non-alignement, faisant du Sénégal une voix écoutée et respectée. Notre pays était courtisé par tous les grands de ce monde ! Walaay ndeyasan ! Le Veilleur, lui, retient ses larmes… mais l’émotion l’étreint, comme un deuil que l’on n’ose plus annoncer.
Diouf l’y avait maintenu, discret mais respecté, fin diplomate d’école. Wade, avec sa fougue africaine, avait su entretenir cette stature, entre islam modéré et panafricanisme assumé. Macky Sall, quant à lui, aura offert à la diplomatie sénégalaise ses lettres de noblesse modernes : présidence de l’Union africaine, médiations régionales, tête-à-tête avec les géants du monde.
Et puis… le grand plongeon. Aujourd’hui, Djolof Land n’existe plus dans l’agenda diplomatique mondial. Il n’est ni cité, ni consulté, ni même contourné. Il est oublié. Rien, sinon quelques clichés du Grand Manitou à l’arrière-plan de forums de seconde zone, pendant que les décisions du monde se prennent… ailleurs.
Du sommet des nations, nous avons glissé dans les marges. Et personne ne s’en offusque… sauf l’Histoire, qui observe, patiente et finit toujours par écrire sans complaisance.
Quant aux intellectuels, jadis flamboyants pamphlétaires, tribuns de la République dressés contre l’injustice, dénonciateurs infatigables des dérives des anciens dirigeant, les voilà devenus muets comme des carpes. Dissous dans l’euphorie du changement, dissimulés comme des compromissions honteuses, translucides, inexistants.
On les entendait pour un tweet, on ne les lit plus pour une idée. Ceux qui proclamaient qu’ils parleraient coûte que coûte, ne parlent plus que quand ça ne coûte rien.
Pendant que le pays se dévalue, ils récitent des silences. Mais qu’ils sachent que le mensonge politique a ses limites : on peut abuser l’enthousiasme un instant, manipuler l’ignorance un moment, mais tôt ou tard, la vérité finit toujours par sonner à la porte de l’Histoire.
Le Veilleur Ironique (« On ne gouverne pas avec des slogans, on ne voyage pas avec des illusions, et on ne trompe pas l’histoire avec des mots creux.»)



