À la UneActualitésPolitique
« MACKY SALL FACE À L’HISTOIRE : PASSAGE SOUS SCANNER D’UN POUVOIR AFRICAIN »

Cheikh Yérim Seck retrace « les péripéties », sur fond de « révélations et de scandales de corruption », du parcours du 4e président
Cheikh Yérim Seck évalue à travers le Tome 1 de son ouvrage « Macky Sall face à l’histoire : passage sous scanner d’un pouvoir africain », la gouvernance du 4e président du Sénégal qui la voulait « sobre et vertueuse ». Même si le journaliste sort de sa retraite de la vie publique sans épargner non plus les détracteurs du régime, il revendique sa fidélité « à l’éthique d’un journalisme résolument investigateur mais farouchement soucieux de ne pas casser le Sénégal ».
Dans son livre, Cheikh Yérim Seck retrace « les péripéties, y compris celles jusqu’ici cachées, du parcours du 4e président de notre République, le côté atout mais aussi boulet de son épouse, Marième Faye Sall, sa pratique politicienne du pouvoir, son épais bilan matériel à la tête de l’Etat, son pesant bilan immatériel, sa forte fibre sociale, le désastreux nouveau type de Sénégalais qui a germé sous son magistère », résume-t-il.
« Ce que vous allez lire n’est pas de l’analyse, c’est de l’investigation, de l’enquête en certains points plus policière que journalistique. Les informations qui y sont contenues ont la précision d’une opération au laser », assure Cheikh Yérim Seck, qui a ainsi loué l’arrivée à la tête du Sénégal de Macky Sall, malgré des origines modestes en tant que « fils du gardien des locaux du service de l’agriculture de Fatick et d’une vendeuse de cacahuetes ». Mieux, soutient-il, l’actuel chef de l’Etat « est entré presque par effraction dans l’histoire politique du Sénégal, à 51 ans, un âge à peine décent pour être élu à la magistrature suprême dans cette Afrique gérontocratique ! ».
Macky Sall « va laisser dans la pierre, le goudron, le béton armé et le fer une empreinte de loin plus forte que celle du premier président du Sénégal indépendant… »
Rappelant sa politique d’austérité aux premières années de son premier mandat, il relève : « Mais les habitudes ont la vie dure… Les clientélismes ont ceci de particulier au Sénégal qu’ils sont tenaces, inébranlables voire transcendants. Macky Sall est, au fil des années et des compromis pour durer, redevenu normal », écrit-il affirmant que « les scandales de corruption ont commencé à se succéder sans jamais être sanctionnés ».
« A la différence notoire Wade, qui consentait à traduire en justice ses proches qui exagéraient dans le vol de l’argent public, Macky Sall, qui avait inauguré son règne par la création de l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC) et par une phrase forte qui résonne encore dans les oreilles (« je ne protégerai personne »), n’a jamais livré personne de son camp », constate-t-il. « Dans le clan adverse par contre, il a été plus répressif que la répression. »
Justifiant tout de même sa réélection par des initiatives pertinentes face aux « problèmes de la ruralité, de la santé, des infrastructures, de l’énergie », il estime : « Au bout de son second mandat qui court au moment où ces lignes sont écrites, on ne pourra pas dire, comme les nihilistes dont regorge ce pays, qu’il a démérité, encore moins qu’il a été nul. » Avant de se laisser tenter par un exrrcice de comparaison avec ses prédécesseurs.
Macky Sall « va laisser dans la pierre, le goudron, le béton armé et le fer une empreinte de loin plus forte que celle du premier président du Sénégal indépendant », indique-t-il. « Macky Sall a, en tous points de vue, fait mieux qu’Abdou Diouf, administrateur civil dans l’âme, qui, de 1980 à 2000, a gelé l’évolution de ce pays, l’a « administré » dans le souci de payer les salires et de remplir les critères de surveillance des agrégats macroéconomiques définis par les paralysantes institutions de Bretton Woods. »
Et, d’après lui, « il n’a pas fait moins qu’Abdoulaye Wade, son mentor qui lui a mis le pied à l’étrier », jusqu’à ce qu’il initie « de lui-même des projets structurants pour le présent et l’avenir du pays ». Mieux, oppose-t-il, « si Wade est un fin communicateur, un politicen exubérant, lui est un géologue qui travaille dans la profondeur, un ingénieur qui, par définition, touche à la substance et vise le standard ».
« Politique par toutes ses fibres, il est un mélange de cynisme et d’humour, de force brutale et de ruse, de ‘diaay doolé’ et de ‘ndiouthie ndiaathie »
Mais selon lui, « sa place dans l’Histoire et dans la mémoire collective reste toutefois imprécise. D’autant que son bilan immatériel, lié à sa pratique du pouvoir et des institutions, est entaché d’affaires politico-judiciaires, de scandales de corruption, de népotisme familial et partisan, d’impunité…plus destructeurs que la destruction ». Si bien qu’il avance que « Macky Sall…a de grands comptes à rendre devant le tribunal de l’Histoire.
En effet, il avance que « tout Macky Sall est dans cette succession de phrases. Politique par toutes ses fibres, il est un mélange de cynisme et d’humour, de force brutale et de ruse, de ‘diaay doolé’ et de ‘ndiouthie ndiaathie’…La gouvernance mackyste repose, dans le choix des hommes, sur deux piliers : le débauchage de transhumants et la nomination de politiciens incompétents dotés a maxima de bases politiques et a minima d’une langue de vipère ».
Evoquant Marième Faye Sall, Cheikh Yérim Seck relève que Macky est « le premier locataire du Palis à avoir comme épouse une Sénégalaise pur jus ». Et il a su profiter de ses nombreux atouts, en profitant pour rappeler une conversation entre lui et le regrétté Serigne Mbacké Sokhna Lô, qui avait ainsi soutenu : « Idrissa Seck était bien positionné pour succéder à Wade à la tête du pays, mais son étoile a été mystiquement palie par ses ennemis au sein du pouvoir. Garde bien un oeil sur Macky Sall. Il est parti pour être le prochain président de la République s’il garde garde sa femme actuelle. Cette Marième Faye Sall a l’étoile d’une femme de roi. »
Sauf que « dans les arcanes du pouvoir et les salons feutrés, la Première dame est accusée de tous les péchés d’Israël. Quelle est la part de vérité et de fantasmes dans tout ce qui se dit de cette femme ? Apparaîtra-t-elle, aux yeux de la postérité, sous les traits de Marie-Antoinette ou d’Elisabeth II ? » lance Cheikh Yérim Seck, qui souligne, entre autres choses, que « si elle fait nommer ses proches, Marième Faye Sall est accusée d’éloigner du président et de faire dégommer ceux qu’elle ne gobe pas ou plus ».
« La rubrique la plus lourde de son bilan immatériel, c’est la création de l’homo pastefiensis…L’affaire Sonko-Adji Sarr »
Cependant, « le plus grand passif du bilan immatériel de Macky Sall est et restera sans doute cette pluralité de poursuites judiciares visant ses adversaires politiques, ses pourfendeurs dans la société civile, les activistes de tout acabit », déplore-t-il. « Les années Macky Sall ont été celles de l’extinction successive des voix discordantes. » Pour lui, « la rubrique la plus lourde de son bilan immatériel, c’est la création de l’homo pastefiensis, le militant de Pastef, acronyme de Patriotes du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité. Les pastéfiens sont une nouvelle race de politiciens surgis sur la scène, telle une génération spontanéee, à la faveur de la radiation de la Fonction publique de l’inspecteur des Impôts Ousmane Sonko ».
Selon lui, le livre revient également, « avec des révélations croustillantes tantôt inquiétantes, sur les affaires khalifa Sall et Karim Wade qui ont percuté la démocratie, le « mbourook soow » aigre avec Idrissa Seck, la délicate question Mimi Touré, le problème Amadou Ba, cette affaire Sonko-Adji Sarr qui fait l’affaire de Macky Sall… Mais aussi sur des scandales de corruption qui ont vidé de tout contenu « la gouvernance sobre et vertueuse » brandie comme slogan ».
Et d’interpeller : « On s’y demande pourquoi le Turc Selim Bora rafle tous les marchés de construction (AIBD, CICAD, Stade Andoulaye Wade, Dakar Arena, Hôtel Radisson Blu…) au Sénégal ; au nom de quoi Abdoulaye Sylla, proche du Palais, a raflé et rafle encore, après une brouille avec Macky Sall récemment dissipée par une médiation, des marchés à milliards de gré à gré ; pour servir quels intérêts l’Etat a déboursé 304 milliards en 2022 en guise de subvention à l’électricité alors que l’argent volé dans ce secteur, par le biais de surfacturations et de montages à travers des places bancaires comme Dubaï, dépasse de loin ce montant (…) au profit de qui opère la « mafia chinoise » qui tue la pêche et affame six millions de Sénégalais…? »



